A l'époque de la présentation
de la F40 en 1988, personne n'imaginait vraiment qu'un
tel engin puisse servir à autre chose qu'à
courir en circuit. personne ne voyait évoluer ce
monstre sur route ouverte. Seule ferrari pouvait oser
une telle chose, mais en matière de voiture de
sport, Ferrari peut tout oser.
Version ville ou piste
Difficile à conduire sur route
et nécesitant un revêtement absolument,
intégralemnt et rigoureusement plat, la F40 était
une voiture de piste. Ferrari l'avait à l'époque
adapté à un usage "civile" en
proposant une boîte de vitesse à synchro
au lieu des crabots, des vitres descendantes en Plexiglas
mais concervant des harnais 6 points pour le conducteur
et son passager. Sur demande d'une partie de la clientèle,
il s'avéra rapidement utile d'installer de classiques
ceintures à trois point pour des raisons évidentes
de commodité. Ainsi, le pilote était moins
bien maintenu. un petit drame lorsqu'on sait à
quel point il était vital de faire corp avec
cette voiture.
pour le reste, c'était l'ambiance
d'un jour de course. Pédalier en aluminium, baquet
revêtu de tissu ignifugé (un vrai siège
coquille qui moulait au millimètre), La première
chose que vous croisiez en vous installant aux commandes
, c'était ces panneaux de carbone-kevlar brut,
ces portières évidées s'ouvrant
de l'intérieur à l'aide d'un simple cable,
le tableau de fusibles au tableau de bord recouvert
d'un simple couvercle. Vos pieds reposaient à
même le plancher en carbone/kevlar, les jointures
des tubes acier étaient apparentes.Tournez la
clé de contacte, un petit "clic" signale
que les pompes à essence sont enclenchées,
appuyez sur le bouton du démareur et écoutez!
Le V8 envahit l'habitacle, le fait vibrer, ça
remonte jusque dans les bras en passant soigneusement
par les cuisses. On pouvait être blasé,
on était quand même dans ses petites chaussures.
Le bruit du V8 est carrément impressionant même
d'extérieur, celui-ci vous donne la chaire de
poule! celui-ci s'entend aisément à une
centaine de mêtres au repos, mais lorsque celui-ci
est en action, c'est tout autre chose. Sur route, vous
entendrez la F40 bien avant de la voir.
Impossible de circuler en ville
sans provoquer un attroupement. Aujourd'hui encore,
cette voiture suscite toutes les admirations. Portée
au rang de mythe, La F40 n'a jamais été
égalée depuis. Enzo ferrari la voulait
unique et exclusive. 15 ans après sa présentation,
elle de demeure.
Maigrir en conduisant
A partir de juin 1988, chaque
client venant prendre possesion de son nouveau bijou à
Maranello (après c'être fait mouler un siège
bacquet à ses dimensions) était invité
à un stage de pilotage de 2 jours à Fiorano
pour se familliariser avec sa machine, apprendre la technique
du talon-pointe (indispensable si l'on voulait avoir une
chance de rétrograder...), étudier les trajectoires.
Bref, une vraie remise à niveau pour le propriétaire
d'une testarossa ou d'un berlinette entrant véritablement
dans un autre monde. Pas question en effet de lâcher
qui que se soit dans la nature à bord d'un tel
engin. Car l'exercice s'avérait (il faut le dire)
difficile, la F40 était en 1988, une voiture de
route offrant les performances d'une formule 1 des années
70, avec le poids en plus. Elle représentait pour
l'époque la limite extrème de ce qu'il était
possible de mettre sur la route. Roulant à 320
km/h, passant de 0 à 100 km/h en 4,4 s, disosant
d'un rapport poids/puissance de 2,3 kg/ch, la F40 requérait
une certaine expérience de la conduite. Le plus
étonnant, c'est qu'après avoir assimilé
son comportaement et ses réactions, elle s'avérait
fondamentalement saine, à l'image d'une voiture
de course qui aurait été réglée
non pour faire "un temps" mais pour tenir une
course d'endurance. pourtant, la puissance reste la puissance.
Même en sortant de voitures de 300 ch ou plus, il
fallait pouvoir la domestiquer avant d'envisager de s'en
servir...
Problèmes de vue
Sur route, il subsistait certains
problèmes d'accuité visuelle. on arrivait
trop vite sur les voitures, les dépassement étaient
fulgurants qu'aussitôt il fallait freiner au moment
de se rabattre! Sur le circuit de fiorano, peu habitué
à voir surgir les virages aussi rapidement, il
fallait reconsidérer tous les repères habituels:
modifier les zones de freinage, ne pas se trouver sous
le régime de travail des turbos en attaquant la
corde sous peine de sous-virer lamentablement, éviter
de remettre les gaz trops fort en sortie... Bref, c'était
(et ce n'était pas) une partie de plaisir. Autant,
après 200 km de route, on ressortait fatigué
du baquet de la F40, autant après 10 tours de Fiorano,
on en ressortait épuisé! sachez que cette
auto ne comportait aucun système d'assistance au
freinage et de direction. Jusqu'à aujourd'hui,
aucune voiture de route, (et à forciori aucune
ferrari, même pas la F50, plus civilisée
sur ce point) n'a répercuté autant de sensations
et autant de brutalité dans certaines phases d'accéleration.
Lorsque les turbo entraient en charge des 3 000 tr/mn,
avec quelque chose comme 55 mkg de couple, la soupape
du waste-gate claquant dans vos oreilles à chaque
passage de vitesses, le roi n'était ni votre cousin,
ni votre oncle, le roi c'était vous !
Les sièges baquets moulés
sur mesure pour leur propriétaire donne l'impressions
d'être "assis sur la route", posant
ainsi quelques problèmes de visibilité.